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mercredi 11 février 2015

JULIE ROCHELEAU : "DESSINER FANTÔMAS ME FAISAIT PEUR"

Vous êtes Québécoise et en France peu de personne vous connaissent pour le moment. Vous avez quand même été publié avant « La Colère de Fantômas ». Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Je travaille à Montréal. Avant de faire de la bande-dessinée, je travaillais dans un studio d’animation où je faisais du story-board et de la conception de personnages. Avant de dessiner « La Colère de Fantômas », j’ai fait un seul autre album, « La Fille Invisible », publié chez Glénat Québec. Le sujet était tout  autre, le style aussi car ça s’adressait plutôt aux adolescents. Mais déjà, ce n’était pas du tout mignon. Il y avait déjà un côté sombre dans l’histoire et le dessin. Mais c’est vraiment avec ma deuxième série, « La Colère de Fantômas » que je me suis lâchée, que j’ai découvert mon côté sombre, violent, rocambolesque.

Vous n’avez pas choisi la facilité en vous attaquant pour l’une de vos premières bande-dessinée à l’un des monuments de la littérature française. Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

C’est un projet qui m’a été proposé. Au début, j’avais plutôt tendance à vouloir le refuser en raison de ce côté icône. Cela me faisait peur de prendre Fantômas en mains car ça a déjà été fait à toutes les sauces. Je me demandais pourquoi on me demandait à moi de faire un pareil truc étant donné que mon premier album n’était pas du tout du même propos et qu’il y a plein de Français qui mouraient d’envie de le faire ? Et puis je ne connaissais pas vraiment Fantômas, hormis par le nom, car au Québec ce n’est pas aussi connu qu’en France. Au final j’ai voulu prendre ma chance puisque si on me proposait de le faire, je n’avais rien à perdre. J’y ai vraiment pris goût et je ne regrette vraiment pas mon choix.

Justement, est-ce que c’est une volonté de l’éditeur ou du scénariste de vous faire travailler sur ce projet ?

C’est l’éditeur qui nous a mis en contact le scénariste, Olivier Bocquet, et moi mais le projet est une initiative d’Olivier. Après si nous ne nous serions pas entendus, si Olivier n’avait pas aimé mes dessins, nous aurions dit non. Nous avons fait le test sur quelques planches, nous avons travaillé par Skype, nous nous sommes envoyé des courriers et ça a marché. Nous étions rapidement très emballés par le projet.

Vous a pris le parti avec Olivier Bocquet de faire de Fantômas un personnage méchant. Nous sommes bien loin de la version cinématographique véhiculée par Louis de Funès et Jean Marais. Est-ce que c’était une envie de votre part de recoller un petit peu plus au roman originel ?

C’était le but de toute l’entreprise. Olivier a redécouvert tout le potentiel des romans d’origine, comment fourmillaient toutes les idées, comment cela partait dans tous les sens et qu’au final, cela n’avait rien à voir avec le Fantômas dont on se rappelle aujourd’hui. La trilogie humoristique du cinéma est une bulle à côté qui n’a pas grand-chose avec le Fantômas originel. Dans les films de Feuillade qui ont été parfois repris par la suite sur d’autres supports, Fantômas est un vrai méchant. Avec du recul, c’est dommage que l’on ne retienne que le côté humoristique de de Funès et Marais alors qu’il y a tellement de potentiel. Fantômas est tout sauf un rigolo. C’est un criminel sanguinaire, qui a beaucoup d’imagination pour manipuler, tuer et voler.

Même si l’humour n’est pas au centre du récit, le duo joué par l’inspecteur Juve et le journaliste Fandor apporte un peu de légèreté au récit. 

C’est sûr qu’il y a de l’humour car sans ça, on se serait pris trop au sérieux. Ca a beau être sombre, avec de l’aventure et de la violence, il faut de l’humour. On s’amuse beaucoup à faire l’album, il faut que ça transparaisse. Juve et Fandor sont les deux héros. Le premier est un policier héroïque absolument obsédé par son travail et presque aussi fou que Fantômas et Fandor est un journaliste vedette mais il est surtout l’enfant qui a été pris sous l’aile de Juve lorsque Fantômas a voulu assassiner sa mère. Il est prétentieux mais tout aussi héroïque. Tous les deux courent sans relâche après Fantômas.

La Colère de Fantômas » est à la fois un scénario béton mais aussi et surtout un dessin bluffant. Quelle est votre technique et quelles sont vos inspirations parce que cette série est différente de tout ce que l’on a pu voir jusque-là.

C’est dur de mettre le doigt précis sur mes inspirations et je manque de recul pour dire à qui d’autre mon dessin fait penser. Quand je dessine, je n’y pense pas trop. Mais si on cherche bien, on peut trouver des similitudes avec l’art déco, l’expressionisme allemand et probablement plein d’autres dessinateurs. Je lis moi-même énormément de bande-dessinées donc je dois prendre un coup crayon ici, une idée là sans m’en rendre compte. Pour les deux premiers tomes, certains ont cité Mattoti. Peut-être que l’on voit aussi du Pedrosa qui m’avait beaucoup influencé pour ma première bande-dessinée. Mais mon travail est vraiment un amalgame de tout ce que j’aime.

Quand vous travaillez sur planches, est-ce que vous réfléchissez en couleurs ? Lorsque l’on parle de votre graphisme, on parle aussi de la colorisation qui est vraiment exceptionnelle et qui met en avant encore plus le côté sombre du personnage.

Je commence par penser le dessin en composition. Où est-ce que vont se placer les masses de noir. Ensuite tant que le dessin n’est pas fini, cela peut évoluer … Et parfois même quand le dessin est fini. Je vais faire un recadrage, modifier ou déplacer mes masses de noir, mettre plus de rouge, … Parfois j’ai une idée de la couleur dès le story-board mais ça peut être amené à changer car ça ne fonctionne pas tant que cela. Tant que le livre n’est pas imprimé, je réfléchis toujours pour savoir si j’ai fait les bons choix.

Quel est l’apport d’Olivier Bocquet sur votre travail ? A-t-il un regard critique ?

C’est surtout au stade du story-board qu’il intervenait. Il voulait savoir ce que j’allais faire de son bout de scénario. Mais moi-aussi, j’avais des questions. Nous nous renvoyions la balle pour avancer. Puis au fur et à mesure que la série a avancée, nous nous connaissions beaucoup mieux et c’était plus facile. Après, il est évident que je n’allais pas faire quelque chose qui ne lui plaisait pas. C’était son histoire mais nous sommes faits confiance. Je pense qu’au final, nous sommes une bonne équipe.

La série a été saluée par la critique et les lecteurs.

Le tome 1 a gagné deux pris au Canada et quelques prix en France, comme Bdgest avec le prix du scénario, par la ville de Reims. Nous allons bien voir pour le tome deux car le livre sort en janvier donc il faut attendre 12 mois pour connaître le verdict. 

Cette série vous a fait connaître auprès du grand public. Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je travaille pour un éditeur Québécois, Pastèque, sur une adaptation d’un roman local qui s’appelle « La Petite Patrie » qui est par ailleurs le nom du quartier où j’habite. C’est une histoire a beaucoup marquée les Montréalais et qui va faire l’objet d’un one-shot de 80 pages. C’est différent de Fantômas mais il y a un côté très amusant.

samedi 31 mai 2014

XAVIER DORISON : "J'ESSAYE DE FAIRE CE QUE MOI-MÊME, LECTEUR, J'AIMERAI LIRE"

Vous êtes la carte blanche de la Comédie du Livre. Comment se sont passés les contacts avec l’association Cœur de Livres qui vous a confié ce rôle ?

Très bien. Ça a été une surprise car c’est très rare que dans un festival on confie ce rôle à un scénariste. D’habitude c’est plutôt un dessinateur qui est mis à l’honneur. J’ai été très touché par cette proposition. Les responsables de l’association ont été très réceptifs à toutes les petites sujétions de programmes et de listes d’invités donc je ne peux que les remercier.

Parmi les invités, nous retrouvons, Le Tendre, Nury, Rossi, Van Hamme. Est-ce qu’ils constituent votre bibliothèque idéale ?

C’est exactement ma bibliothèque idéale. Elle n’est pas exhaustive car j’ai eu du mal à inviter des auteurs comme Franck Miller ou René Goscinny. Certains font partie d’une génération qui m’a donné envie de faire de la bande-dessinée franco-belge : Jean Van Hamme, Serge le Tendre et Christian Rossi. Ce sont des auteurs que j’ai lu quand j’avais 10, 12 ans. Ils m’ont vraiment fasciné. Ce sont des souvenirs que vous prenez quand vous êtes enfants, que vous mettez dans votre cœur et qui sont toujours avec vous quoi que vous fassiez. Je suis vraiment très touché de pouvoir faire ce festival avec eux. Ensuite il y a d’autres camarades comme Fabien Nury ou Steve Cuzor qui sont de ma génération et avec qui j’ai avancé dans la bande-dessinée. Ce sont des gens que j’admire et pour qui j’ai beaucoup de respect. J’ai l’impression que ce sont deux générations qui se succèdent. Nous sommes les enfants de l’autre génération. Je suis assez sensible au fait que nous nous rassemblions tous pour parler de notre métier.

Donner la carte blanche à un auteur de bande-dessinée dans le cadre d’un festival du livre, c’est aussi une certaine reconnaissance de la place de ce médium dans le livre.

Je ne suis pas vindicatif. La bande-dessinée réussit aujourd’hui à toucher un large public, à vendre, donc tout va bien. Maintenant c’est toujours agréable de se dire qu’un livre est une reliure avec quelques feuilles au milieu. Ce peut donc être plein de choses dont de la jeunesse, de l’illustration, un roman et de la bande-dessinée. Cela ne veut pas dire que nous sommes comme les autres. Chacun a sa place et ses différences mais ça reste d’une façon ou d’une autre des auteurs qui parlent à des lecteurs. C’est un même système de communication, sur papier ou de façon dématérialisée. Il y a une vraie logique à rassembler tous ces auteurs, une vraie logique à donner une place, sa place à la bande-dessinée. Une bande-dessinée, c’est bien sûr des dessins mais aussi une histoire. Nous allons pouvoir communiquer pendant cette Comédie du Livre sur notre façon d’aborder ce métier.

Quel est votre position face à la surproduction en bande-dessinée ?

Le constat est qu’il y a eu une explosion entre les années 80 et 2 000. Aujourd’hui il y a une stagnation. Quand je suis arrivé sur le marché (en 1997 ndr), il y avait 600 à 700 titres. Nous allons bientôt atteindre les 5 000 … Le nombre d’auteurs géniaux et d’œuvres intéressantes n’a pas augmenté dans la même proportion. On se retrouve avec des libraires noyés sous l’arrivée des nouveautés. Si vous n’êtes pas un auteur qui a percé depuis quelques années ou si vous n’êtes pas soutenu par un éditeur, c’est quasiment impossible d’exister. Beaucoup de gens se lancent et ont des désillusions. Pour les lecteurs c’est également compliqué car ils ne savent pas par quoi commencer. Il va y avoir une baisse qui je l’espère, va conduire à ne garder que les œuvres les plus intéressantes. Ce sera très dur pour ceux qui n’y arriveront pas et dans le lot, il y aura malheureusement de bons bouquins qui disparaîtront. C’est un regard un peu triste et lié à l’économie. L’éditeur doit avancer des fonds et quand il sort de plus en plus de titres, il est dans un effet cavalerie. Les titres de demain financent ceux d'aujourd’hui. Il y a des éditeurs qui ont déjà réduit la voilure et les autres savent qu’à moins de se condamner, ils devront faire la même chose.

Côté bande-dessinée, vous avez écrit votre premier album, « Le Troisième Testament » avec Alex Alice alors que vous étiez encore étudiant. A la sortie de l’école de commerce, est-ce le succès de ce titre qui vous a fait choisir la bande-dessinée comme avenir professionnel ?

C’est sûr que c’est plus facile de rendre sa carte bleue, son téléphone et sa voiture de fonction lorsque vous avez une série qui marche. Nous avons eu beaucoup de chance en créant à un moment donné un type d’histoire qui n’existait pas à l’époque et surtout nous avons rencontré un public. Pour que la rencontre marche, il faut être deux. Ça m’a permis de changer de vie ce qui n’était pas forcément simple. Je dis donc merci Alex !

Après « Le Troisième Testament », vous connaissez un parcours sans faute : « XIII Mystery », « Long John Silver » et autres. Quelle est votre recette ?

Je ne sais pas s’il y a une recette mais en tout cas il y a des principes. Tout d’abord, travailler avec de grands dessinateurs. J’ai eu la chance pour tous mes bouquins, de travailler avec Meyer, Lauffray, Bec, Rossi, Alice. C’est comme si on vous donne une Porsche. Vous avez plus de chance pour arriver premier à la fin. Ensuite, j’essaye de faire ce que moi, lecteur, j’aimerai lire. Qu’est-ce j’aurai aimé avoir, plus jeune, et que l’on ne m’a pas donné. Enfin, ce n’est pas très glamour mais c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail. Comme je suis un peu laborieux et lent, je suis obligé de travailler, de chercher de la documentation, réfléchir sur la dramaturgie, réécrire et apprendre, entendre les critiques. Si quelqu’un vous dit qu’il y a un problème dans votre scénario, c’est qu’il y en a un. On n’est pas obligé de prendre la solution que l’on nous donne mais il faut trouver une solution en restant fidèle à soi-même.

Vous avez cité quelques grands auteurs avez qui vous avez travaillé. Comment les choisissez-vous ? Et une fois le duo formé, comment travaillez-vous ensemble ?

J’ai tout expérimenté. Le cas où un éditeur me présente un dessinateur et me demande de travailler avec lui. Ça a été le cas avec Ralph Meyer. J’adorais son travail mais je ne voyais pas comment on pouvait travailler ensemble. Il m’a envoyé deux pages et j’ai dit « ok, c’est évident » à Yves Schlirf. Pareil pour Christian Rossi sur « W.E.S.T. ». C’était une idée de François le Bescond et Guy Vidal chez Dargaud. Quand ils nous ont proposé Christian, nous avons souri. Il devait avoir d’autres chats à fouetter mais il a dit oui …Et puis il y a d’autres cas. Avec Alex Alice, c’est une rencontre sur les bancs du festival des grandes écoles. Et il y en a d’autres que je suis allé chercher comme Thomas Allart sur HSE. J’ai pris mon téléphone et je lui ai dit « j’adore votre dessin, s’il vous plaît, lisez mon scénario ». 
Pour le travail, là aussi il y a plusieurs situations. Certains livres ont vraiment été écrits à quatre mains comme le premier « Prophet », « Le Troisième Testament » ou « Long John Silver ». Il y a des livres où j’envoie le scénario et je récupère l’album terminé un an après. C’est le cas avec « W.E.S.T. ». Et puis il y en a d’autres où c’est un vrai échange entre le scénariste et le dessinateur, où nous discutons beaucoup sur les story-boards, les roughs, le scénario. C’est le cas sur tous mes livres avec Ralph même si au final, c’est son dessin et mon scénario. Si on me demande ce que je préfère, c’est quand chaque auteur touche à tout, mais qu’in fine il a la main mise sur son domaine parce que c’est là où il est le meilleur.

Vous avez fait référence à « Human Stock Echange » avec Thomas Allart dont le tome 2 est votre nouveauté tout comme « Black Lord ». Pouvez-vous nous présenter ces deux albums ?

Ces deux albums sont très différents. Tous d’abord parce que « Black Lord » a été essentiellement écrit par mon frère, Guillaume Dorison. J’ai proposé un sujet et ensuite c’est Guillaume qui a écrit l’album. Bien sûr, nous en avons beaucoup discuté. Nous sommes au tout début du phénomène de piraterie en Somalie au début des années 90 et un voilier fait une croisière au large de la Somalie. Il y a une prise d’otages et le capitaine, blessé, tombe à l’eau. Il est récupéré par une famille Somalienne qui va cacher cet homme car dans ce pays, chaque homme blanc vaut un million de dollars. On va découvrir que cet homme n’est pas qu’un simple capitaine, ivre toute la journée. C’est un ancien membre des forces spéciales qui va tout faire pour récupérer son bateau et son équipage. Il va découvrir que la piraterie ce n’est pas la lutte des bons contre les méchants. Il y a d’autres facteurs et il va finir par devenir lui-même un pirate.
Dans « HSE », l’histoire a pour cadre un futur proche où certaines personnes, l’élite de la société, sont cotées en bourse. Le héros, simple VRP, ne l’est pas mais veut le devenir. On va suivre la vie de Philippe Fox qui au début est belle mais qui rapidement va s’assombrir.

Il se murmure que vous êtes également en train de travailler avec une star du comics. Info ou intox ?

Je suis en train de travailler sur une série style comics qui sortira sous format BD avec Terry Dodson. Ça va s’appeler « Red Skin ». C’est l’histoire de la meilleure des agents soviétiques qui est envoyée aux Etats-Unis en mission de propagande à la fin des années 70. Elle est là pour faire la promotion des valeurs libertaires. Elle va faire face à un méchant qui s’appelle le Grand Charpentier. Ne connaissant rien aux Etats-Unis, elle doit trouver une double identité et va devenir actrice porno.


Nous vous avons vu adapter sur grand écran la série télé « Les Brigades du Tigre ». Est-ce que vous espérez renouveler l’expérience ?

En fait je n’ai jamais arrêté de travailler pour le cinéma. L’an dernier j’ai signé un scénario avec Fabien Nury « Pourquoi j’ai arrêté de tuer ». La BD et le cinéma sont différents. En BD vous écrivez un scénario pendant 1 à 3 mois et vous attendez 1 an pour que le livre soit publié. Au cinéma, vous écrivez dix films qui vous prennent au moins un an chacun et si vous avez de a chance, un sortira sur grand écran. Je travaille donc toute l’année pour le cinéma, je suis payé pour cela, je fais des scripts. J’écris pour le cinéma et ça me prend la moitié de l’année. Mais ce sont d’autres qui réalisent le film et quand on voit parfois le résultat … Mais je garde la foi.

OLIVIER TADUC : "L'ASIE ET LE WESTERN SONT DEUX THÈMES QUI ME SONT PROCHES"

Quel est le pitch de "Griffe Blanche" dont le second tome vient de sortir ?

L’histoire de « Griffe Blanche » est l’histoire d’un trio qui a pour thème la Chine médiévale. C’est un monde fantastique où Griffe Blanche est une combattante qui pratique les arts martiaux. Au cours de ses aventures, elle va croiser la route deux garçons, Foudre et Tao. Ils vont l’accompagner dans ses pérégrinations. « Griffe Blanche » est une histoire d’aventure avec des paysages inspirés de la Chine médiévale et avec quelques séquences d’action parce que c’est un genre que j’apprécie beaucoup.

Comme pour « Chinaman », on retrouve Serge Le Tendre au scénario. Est-ce que c’est important pour vous cette fidélité, comme cela a été le cas avec Dieter ?

Serge est quelqu’un que j’ai croisé sur la reprises des « Voyages de Takuan » aux éditions Delcourt il y a de cela une vingtaine d’années. C’est quelqu’un que j’apprécie énormément en tant que scénariste mais aussi en tant qu’homme. C’est devenu un camarade, un véritable ami. Nous partageons la même vision de la bande-dessinée. Quand nous avons fini, les « Voyages de Takuan », c’est moi qui lui ai proposé de continuer à travailler ensemble sur un projet que j’avais dans mes cartons, « Chinaman ». Nous avons fait presque une dizaine d’albums aux éditions Dupuis. C’est quelqu’un avec qui je suis en osmose. D’ailleurs nous avons coécrit de nombreuses histoires ensemble.

Quelle est votre méthode de travail, que ce soit au scénario avec Serge Le Tendre puis lorsque vous êtes seul avec vos crayons et vos pinceaux ?

Pour poser les premières bases de l’histoire, nous nous retrouvons tous les deux autour de la table et nous commençons à faire un jeu de ping-pong autour des idées. C’est très enthousiasmant. Nous commençons à fantasmer sur l’histoire, à la vivre. C’est assez intense. Lorsque les bases de l’histoire sont posées et qu’il y a un déroulé, Serge rentre dans son bureau pour créer les séquences, imaginer les dialogues, rajouter éventuellement des personnages que nous avions omis de créer. C’est lui qui peaufine et met en ordre l’histoire. Une fois que ce scénario, qui est écrit de façon très classique que ce soit en terme du nombre de cases ou sur la précision des dialogues, je récupère le tout. Nous en reparlons et nous pouvons refaire des aménagements mais toute la partie technique du scénario est réalisée est là. Pour ma partie, je commence à faire des propositions de découpages, de mise en scène. Mais on travaille main dans la main car il a lui aussi son mot à dire. Ça reste un véritable travail de collaboration. 

Vous travaillez en couleurs directes. Combien de temps vous faut-il pour réaliser un album, dessin et couleur compris ?

La couleur directe est assez longue. Je mets 16 mois pour réaliser l’album alors que lorsque je ne faisais que du dessin, je ne mettais qu’un an. C’est un surplus de travail mais c’est un vrai accomplissement pour moi. Cela faisait longtemps que j’avais envie de tâter de la couleur même si la  technique de la couleur directe est assez exigeante et oblige à être très précis au niveau du dessin. Il n’y a pas de possibilité de retouche ou de repentir. On doit garder le papier vierge pour pouvoir poser ensuite la couleur. Je travaille avec de l’aquarelle ou des encres que je pose sur le papier une fois que j’ai encré mon dessin.

Votre œuvre est marquée par la thématique de l’Asie … 

Mes origines vietnamiennes m’ont donné envie de raconter ce qui se passe en Asie. Tout gamin, j’ai vu pas mal de films d’arts martiaux qui ont contribué à enrichir mon univers. Je me suis dit que j’en parlerai plus tard. Je l’ai fait jusqu’à présent de façon régulière mais je ne ferai pas cela tout au long de ma carrière.

Si le cinéma vous a inspiré, quelles sont vos influences côté bande-dessinée ?

C’est Morris qui est mon maître. J’ai appris à dessiner en lisant « Lucky Luke » puis « Rahan » et « Astérix » et tout ce qu’il y avait dans « Pif ». Mais l’une de mes influences les plus marquantes est Giraud avec « Blueberry ». C’est le plaisir que j’ai eu à lire cette série qui m’a conduit à faire « Chinaman » qui est la rencontre de deux thèmes qui me sont proches : l’Asie et le western. 

La comédie du Livre est un salon du livre où on retrouve de la bande-dessinée. Est-ce que selon vous, la bande-dessinée est un art qui a tout à fait sa place dans le livre ?

Je crois que l’on ne démérite pas. Je fais régulièrement des salons du livre et j’ai remarqué que nous, dessinateurs, avons un atout supplémentaire à travers le dessin. C’est un cadeau qui est fait au festivalier qui est happé par ce spectacle. Nous avons tout à fait notre place dans ces salons même si nous ne nous mélangeons pas trop.

La rencontre avec le public est un passage obligatoire pour la promotion de vos titres ou une partie de plaisir ?

C’est une occasion de voir de nombreuses régions de France. Je suis parisien et venir sur Montpellier alors qu’il fait un temps magnifique, est un avant-goût des vacances. C’est également l’occasion de retrouver des collègues que l’on ne voit pas très souvent. C’est aussi l’occasion de venir rencontrer le public du sud que je ne vois pas assez souvent.

Le deuxième tome de Griffe Blanche vient de sortir, quelle est votre actualité ?

Je suis en train de travailler sur le tome 3 qui clôturera le premier cycle. Je vais m’attaquer ensuite à un tome de « XIII Mystery ». C’est pour moi une consécration. Je vais essayer d’être le plus professionnel et le plus concentré possible.


mercredi 18 décembre 2013

RICHARD GUERINEAU : "CHARLY 9 ME COMBLAIT PLEINEMENT DANS MES ENVIES GRAPHIQUES ET NARRATIVES"

On vous a découvert avec « Le Chant des Stryges », vous voici désormais aux commandes de 
« Charly 9 ».

Il s’agit d’une adaptation d’un roman de Jean Teulé, auteur que j’admire, particulièrement sur ses romans historiques. C’est mon attrait pour ses romans qui m’a poussé à faire cette adaptation-là.


Pourquoi ce roman-là ? Par rapport au personnage de Charles IX à qui l’on doit le massacre de la Saint-Barthélemy ? Pour le contexte historique ? Pour sortir du « Chant des Stryges » ?

La première raison était qu’ayant enchaîné un tome du « Chant des Stryges » et un épisode de « XII Mystery » ces deux dernières années, je restais sur un travail avec un même graphisme et un même univers contemporain. Je n’en pouvais plus. J’avais une grosse envie de changement. Du changement graphique, du changement de format et de pagination. J’avais envie de pouvoir raconter des choses autrement. Ensuite, ce roman de Jean Teulé m’a particulièrement bien emballé lorsque je l’ai lu à cause de sa thématique qui raconte la folie d’un roi suite au traumatisme de la Saint-Barthélemy, du massacre des protestants. Ce roi sombre dans la folie jusqu’à la mort, dans des saignements, dans des transpirations de sang. Cette histoire me comblait pleinement dans mes envies graphiques et narratives. A côté de cela, je n’étais pas un passionné d’histoire à proprement parlé mais en me penchant sur cette période-là, je m’y suis particulièrement intéressé et ça a même fini par m’intéresser. Mais au départ, ce sont vraiment des envies graphiques notamment sur les costumes, sur ces silhouettes du XVIème siècle avec les collerettes, les grandes robes, les pourpoints, qui m’ont poussé dans l’aventure. Enfin, l’histoire se déroule sur une période très brève de 2 ans.

Vous avez dû passer énormément de temps en amont pour étudier les costumes, l’architecture de l’époque ?

Il y a eu un travail nécessaire de documentation sur l’époque. Cela dit, je n’étais pas dans l’esprit de faire une BD purement historique. La rigueur et le souci du détail véridique m’enferment dans un carcan. Ce qui m’intéressait était plus une ambiance générale, une atmosphère qui évoque de manière crédible la Renaissance et la fin du XVIème siècle en France. La documentation, évidemment, a été nécessaire. En ce qui concerne les costumes et les personnages, cela a été plutôt facile de trouver des sources de documentation iconographique. Il existe de nombreuses peintures et portraits de l’époque, notamment des portraits royaux. Après, sur ce qui est des décors, des lieux, du Louvre, qui était le palais royal à l’époque et qui ne ressemblait que très peu à ce qu’il est aujourd’hui, il existe quelques documents et gravures notamment sur Internet ou en bibliothèque mais ça reste assez limité. Il a fallu que j’invente pas mal de choses mais mon souci n’était pas l’exactitude et la précision historique.

L’album est le succès inattendu de cette fin d’année et se retrouve nominé dans plusieurs catégories à Angoulême, sur BDGest …

Oui, j’ai vu ça. Il fait partie de la sélection d’Angoulême ce qui est une grande première pour moi.

Votre choix graphique est très pertinent. Tout au long du livre, vous changez de style, ce qui permet de montrer la folie grandissante de Charly.

Exactement. C’était l’idée. Comme le personnage psychiquement part dans tous les sens, j’avais aussi envie graphiquement de tout me permettre et parfois même faire le grand écart d’une scène à l’autre. Par contre il fallait que ça ait du sens, que les ruptures graphiques soient significatives. Mais l’idée était d’avoir une grande variété de styles différents et de faire des ruptures graphiques et chromatiques. C’était une vielle envie que ce récit m’a permis de mettre en œuvre et je ne m’en suis pas privé.

Comment s’est passée la collaboration avec Jean Teulé pour cette adaptation où vous êtes à la fois au scénario et au dessin ?

Quand le contrat a été signé, Teulé m’a appelé en me disant qu’il était très content que son roman soit adapté mais que sa position était de ne pas intervenir. Il m’a dit que ce bouquin était désormais le mien et qu’il ne me taperait pas sur les doigts si je trahissais son propos, ce qui n’était absolument pas mon intention. Je voulais rester fidèle au récit étant donné qu’il est raconté de façon chronologique sur deux années entre la Saint-Barthélemy et la mort du roi. Je voulais aussi retrouver en bd le ton que Jean Teulé a dans ses romans, ce mélange de jubilatoire, de grotesque et de macabre. Il arrive à raconter des choses sur ton presque goguenard. J’avais envie de retrouver ce contraste là en BD. Il a fallu adapter cela au changement de support. Les scènes les plus violentes du roman peuvent être racontées avec humour dans le roman mais une fois en images, c’est la brutalité qui en ressort. Il a fallu contrebalancer cet effet là sur d’autres scènes plus comiques comme par exemple la chasse au cerf. Je voulais que l’on bascule d’un sentiment à l’autre, la douche écossaise en passant du chaud au froid.

Le choix du roman graphique, avec ses codes, se prête-t-il plus facilement à raconter une histoire qui se déroule sur deux ans ?

Je ne voyais pas autrement cette adaptation dans un autre format. Il fallait que ce récit soit complet, en one-shot. Il y a une progression qui va crescendo et qui ne pouvait pas être découpé en plusieurs tomes. Le roman graphique permet de pouvoir faire des choses impossibles autrement par exemple des pleines pages. Ça a été vraiment un plaisir de travailler sur ce format et je n’ai vraiment pas rencontré de difficulté particulière.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour réaliser cet album ?

J’avais décidé de travailler en plus petit mes planches original, avec un style de dessin plus lâché, plus rapide. Je suis allé beaucoup plus vite sur le dessin mais comme j’ai fait la couleur, j’ai perdu du temps. Sans compter la phase d’adaptation, j’ai passé 1 an alors que sur « Le Chant des Stryges », je passe entre 6 et 7 mois.

Comment expliquez-vous le succès de Jean Teulé en BD ? Il y a eu le « Montespan », « Je, François Villon », maintenant « Charly 9 ». Est-ce un auteur de roman qui s’est mis à la BD ou un auteur de BD qui s’est mis au roman ?

Ce serait ne pas lui rendre hommage que de dire que c’est un scénariste de BD qui s’est mis au roman. Il va au–delà de ça. Il est adapté au cinéma, au théâtre. Pourquoi est-il si souvent adapté ? Je crois que personne n’a la réponse, même pas lui. Ses romans rencontrent un franc-succès qui est lié à ce ton inimitable que j’évoquais tout à l’heure, ce mélange de choses amusantes et horribles. Et puis Teulé est un personnage. Il a du charisme, il est affable, très enjoué. Il n’a pas peur de rentrer dedans. Ce côté naturel du personnage participe à l’engouement qu’il peut y avoir autour de ses écrits.

Quelle est votre actualité ?

Je vais me remettre au « Chant des Stryges » en janvier pour qu’il puisse sortir en octobre. J’ai fait une petite pause après « Charly 9 » qui m’a  permis de pouvoir écrire un autre projet de roman graphique qui va traiter de la même époque. Je co-scénarise beaucoup avec Eric Corbeyran. Le projet des « Stryges » a vraiment été travaillé à 2. Et puis j’ai également écrit avec Meunier. L’écriture ne m’est donc pas étrangère. Je me suis rendu-compte que j’avais intégré quelques automatismes.

vendredi 22 février 2013

LUC JACAMON : "LE TUEUR EST UN JAMES BOND DU TIERS-MONDE"

Dans ce 11ème tome, début du troisième cycle, on retrouve le Tueur en homme d’affaires. Mais son passé va le rattraper lorsque Mariano le missionne d’éliminer des adversaires politiques.

L’orientation de troisième cycle est beaucoup plus politique que business qui était le thème du cycle précédent. Le Tueur va se voir proposer par Mariano un genre d’emploi qu’il qualifie lui-même de James Bond du tiers-monde. Ça le remet en selle au niveau de son activité.

Au fur et à mesure que Mariano prend de l’ampleur et devient le pendant du Tueur, il devient de plus en plus incontrôlable.

La poursuite de la série se fait beaucoup sur les rapports que le Tueur peut avoir avec son entourage notamment ce rapport qui est devenu au fil des albums de plus en plus étroit avec Mariano. Mais on sent dans ce onzième album que ce rapport de confiance et d’amitié va vaciller quelque peu. Ça va être une thématique forte de cet album.

Mariano prend une assurance certaine par rapport à ce qu’il était  au début alors que le Tueur reste fidèle à sa philosophie.

Oui mais il ne change pas pour autant dans le fond. Il a gardé cette espèce d’insouciance et de spontanéité. C’est un cheval fou contrairement au Tueur qui est toujours dans la maîtrise. Ça va assez bien à Mariano qui a quand même grandit depuis, qui a évolué dans le monde des affaires, qui a acquis une certaine maturité mais qui reste quelqu’un d’assez impulsif. C’est ce qui lui fait faire des choses un peu borderline. Ca convient assez bien au personnage et fait partie de son évolution.

Comment expliquez-vous la longévité de cette série qui a été publiée pour la première fois en 1997 et qui repose sur un anti-héros ?

Nous ne nous attendions pas à un succès comme celui-ci. Au début nous avons présenté un projet qui n’était pas dans l’air du temps. Nous étions dans l’héroïc fantasy. C’est peut-être ce qu’il faut retenir de tout cela à savoir qu’il ne faut pas forcément tenir compte de ce qui marche lorsque l’on a un projet sous le bras. Il ne faut pas avoir peur d’aller à contre-courant ou de faire quelque chose d’original. C’était le cas du « Tueur ». C’est du à Matz pour qui le Tueur était un projet de roman, ce qui explique le propos du Tueur, étayé par des réflexions tout au long des albums. Ce côté très parlé allié au média qui est la bande-dessinée a donné quelque chose de nouveau aux lecteurs dans l’offre de BD. C’est ce qui a créé petit à petit le succès du « Tueur ».

Comment se passe la collaboration entre vous et Matz, le scénariste ?

Elle se passe assez simplement. J’ai la chance d’avoir un scénariste qui me laisse beaucoup de liberté au niveau du dessin. Je n’interviens pas du tout sur l’écriture du scénario. En revanche, en ce qui concerne les planches, la mise en place des cases, le traitement graphique des choses, m’est laissé complètement à ma volonté. C’est très agréable pour un dessinateur et personnellement, je ne pourrai pas travailler autrement. Nous avons une confiance réciproque qui nous permet de trouver chacun notre compte. Nous avons une liberté de création totale ce qui ne nous empêche pas de discuter sur des détails. D’une manière générale nous sommes libres chacun dans notre domaine d’expertise. C’est cette façon-là qui me permet de travailler au mieux.

Chacun apporte donc sa patte à cette BD qui est un ovni graphique. Il y a des découpages qui ont été inventés et qui sont liés à votre utilisation de la tablette graphique. Vous avez un découpage particulier, très cinématographique.

Je parlais au début d’avoir un projet BD sous le bras et d’avoir une proposition qui puisse se démarquer un peu par rapport à la concurrence et c’est très important de ne pas se placer d’entrée de jeu comme le clone d’un dessinateur que l’on apprécie beaucoup. A l’époque, j’ai beaucoup travaillé dans mon petit coin pour développer un style qui me corresponde même si je suis arrivé assez tard dans la BD. Je voulais quelque chose qui ne soit pas trop vite associable à un autre dessinateur. C’est aussi ce qui fait le succès de la série. Je suis toujours très content de l’entendre car je n’ai pas le recul suffisant pour juger mais il semble que mon style soit assez personnel et çà, s’est très satisfaisant pour moi. J’essaye de garder cela même si fatalement ce style évolue chaque année. Mais je crois que c’est effectivement l’une des raisons du succès du « Tueur ». J’évolue aussi. Au début c’était en couleurs directes à la main et puis il a fallu switcher sans que cela ne se voie trop. Ça m’a permis d’essayer de nouvelles choses puisque l’ordinateur permet de corriger les choses très facilement. Ça m’a encore libéré un peu plus et permis de réaliser les choses que vous décrivez, avec des découpages très osés, dans lesquels j’essaye d’être le plus dynamique possible, de créer des tensions. Maintenant, ce n’est pas parce que l’ordinateur permet de créer des choses que tout devient facile. Il faut faire des choix mais en tout cas, ça ne limite pas les choses techniquement. Le jour où j’ai découvert l’ordinateur, je me suis rendu compte du monde qui s’ouvrait à moi-même si au rendu on peut parfois trouver que l’ordinateur a un côté un peu glacé. Je n’y échappe pas complètement mais j’essaye malgré tout de compenser autrement.

En même temps le côté glacé va bien à l’état d’esprit du Tueur.

Oui, effectivement. D’ailleurs, au départ, mon dessin à la main était lui-aussi pas assez fouillis au niveau des matières. Il y avait beaucoup d’aplat de couleurs. Je ne pense pas que ça change énormément l’aspect visuel des choses.

On parlait de votre style graphique très personnel mais quelles ont été vos influences qui vous ont poussées à exercer dans la BD ?

Moebius est un peu le pape de tous les auteurs contemporains. J’ai toujours beaucoup d’hésitations à répondre à cette question. On parlait que le style du « Tueur » était original et personnel. Cela vient peut-être du fait que je n’ai pas beaucoup d’influences. En tout cas, je n’en ai pas de très marquée. J’ai lu des bd comme tout le monde, je me suis nourris de Franquin, de Loisel. Toute la difficulté est de ne pas trop focaliser dessus, de digérer tout ça et d’en faire quelque chose de personnel. Je crois que j’y suis un peu arrivé.

Il se dit que le « Tueur » pourrait être adapté sur grand écran.

C’est vrai. Mais ça fait plusieurs années que ça doit l’être. David Fincher est toujours intéressé pour l’adapter à l’écran. Il se trouve que ces gens-là ont de multiples projets sous le coude. Beaucoup se font, beaucoup ne se font pas. Certains restent dans des tiroirs pendant longtemps avant de ressurgir. Le Tueur reste toujours d’actualité. Matz travaille avec Fincher sur le sujet. Nous croisons les doigts pour que ça se fasse un jour. Mais même si nous avons toutes les raisons d’y croire, nous essayons de ne pas trop y penser pour ne pas être déçus.

N’avez-vous pas peur que le film, s’il se fait, dévoile la fin avant que la BD ne le fasse ? Car a priori l’espérance de vie du « Tueur » est plutôt courte.

Je ne pense pas. Ce peut être au contraire un moteur en raison de la puissance médiatique du cinéma. Je ne connais pas les intentions précises du réalisateur. Peut-être voudra-t-il s’approprier la série mais dans tous les cas, cela mettra un coup de projecteur sur la bande-dessinée.

Dans la série, un personnage apparaît de moins en moins : le crocodile. Qu’en est-il de ce personnage et comment vous est venue cette idée de comparer le Tueur au crocodile ?

C’est vrai que nous le voyons de moins en moins alors qu’au début ses apparitions étaient récurrentes … Le choix est assez simple. C’est un animal préhistorique qui a survécu à tout, qui a traversé les époques et qui est toujours là. Il était naturel d’associer un animal à sang froid au Tueur. Nous n’abandonnerons pas cette image car ne serait-ce graphiquement, elle est très intéressante à utiliser.

La force du « Tueur » est son détachement. Tuer est son métier. Il est un professionnel qui réalise ses contrats.

C’est tout à fait ça …

Est-ce que le fait d’être passé au numérique vous permet de travailler plus vite et de fait, d’avoir une actualité plus importante ?

Je travaille plus vite mais je ne pense pas que ce soit du à l’informatique. Plutôt à l’expérience accumulée. A force de dessiner le même personnage, je suis plus rapide. Concernant mon actualité, je travaille essentiellement sur « le Tueur ». C’est très chronophage. Un album c’est 54 pages. C’est tout le temps tous les jours. J’essaye de penser à la suite. J’ai vraiment du plaisir de travailler sur « le Tueur » alors quand il m’a fallu faire un choix entre cette série et « Cyclope », en raison de la nécessité de ne pas laisser trop de temps entre deux albums, je n’ai pas hésité. En même temps, « Cyclope » est entre de bonnes mains. « Le Tueur » est mon bébé. J’ai beaucoup d’enthousiasme à y travailler dessus.