Vous êtes Québécoise et en France peu de personne vous connaissent pour le moment. Vous avez quand même été publié avant « La Colère de Fantômas ». Est-ce que vous pouvez vous présenter ?Je travaille à Montréal. Avant de faire de la bande-dessinée, je travaillais dans un studio d’animation où je faisais du story-board et de la conception de personnages. Avant de dessiner « La Colère de Fantômas », j’ai fait un seul autre album, « La Fille Invisible », publié chez Glénat Québec. Le sujet était tout autre, le style aussi car ça s’adressait plutôt aux adolescents. Mais déjà, ce n’était pas du tout mignon. Il y avait déjà un côté sombre dans l’histoire et le dessin. Mais c’est vraiment avec ma deuxième série, « La Colère de Fantômas » que je me suis lâchée, que j’ai découvert mon côté sombre, violent, rocambolesque.
Vous n’avez pas choisi la facilité en vous attaquant pour l’une de vos premières bande-dessinée à l’un des monuments de la littérature française. Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?
C’est un projet qui m’a été proposé. Au début, j’avais plutôt tendance à vouloir le refuser en raison de ce côté icône. Cela me faisait peur de prendre Fantômas en mains car ça a déjà été fait à toutes les sauces. Je me demandais pourquoi on me demandait à moi de faire un pareil truc étant donné que mon premier album n’était pas du tout du même propos et qu’il y a plein de Français qui mouraient d’envie de le faire ? Et puis je ne connaissais pas vraiment Fantômas, hormis par le nom, car au Québec ce n’est pas aussi connu qu’en France. Au final j’ai voulu prendre ma chance puisque si on me proposait de le faire, je n’avais rien à perdre. J’y ai vraiment pris goût et je ne regrette vraiment pas mon choix.
Justement, est-ce que c’est une volonté de l’éditeur ou du scénariste de vous faire travailler sur ce projet ?
C’est l’éditeur qui nous a mis en contact le scénariste, Olivier Bocquet, et moi mais le projet est une initiative d’Olivier. Après si nous ne nous serions pas entendus, si Olivier n’avait pas aimé mes dessins, nous aurions dit non. Nous avons fait le test sur quelques planches, nous avons travaillé par Skype, nous nous sommes envoyé des courriers et ça a marché. Nous étions rapidement très emballés par le projet.
Vous a pris le parti avec Olivier Bocquet de faire de Fantômas un personnage méchant. Nous sommes bien loin de la version cinématographique véhiculée par Louis de Funès et Jean Marais. Est-ce que c’était une envie de votre part de recoller un petit peu plus au roman originel ?
C’était le but de toute l’entreprise. Olivier a redécouvert tout le potentiel des romans d’origine, comment fourmillaient toutes les idées, comment cela partait dans tous les sens et qu’au final, cela n’avait rien à voir avec le Fantômas dont on se rappelle aujourd’hui. La trilogie humoristique du cinéma est une bulle à côté qui n’a pas grand-chose avec le Fantômas originel. Dans les films de Feuillade qui ont été parfois repris par la suite sur d’autres supports, Fantômas est un vrai méchant. Avec du recul, c’est dommage que l’on ne retienne que le côté humoristique de de Funès et Marais alors qu’il y a tellement de potentiel. Fantômas est tout sauf un rigolo. C’est un criminel sanguinaire, qui a beaucoup d’imagination pour manipuler, tuer et voler.
Même si l’humour n’est pas au centre du récit, le duo joué par l’inspecteur Juve et le journaliste Fandor apporte un peu de légèreté au récit.
C’est sûr qu’il y a de l’humour car sans ça, on se serait pris trop au sérieux. Ca a beau être sombre, avec de l’aventure et de la violence, il faut de l’humour. On s’amuse beaucoup à faire l’album, il faut que ça transparaisse. Juve et Fandor sont les deux héros. Le premier est un policier héroïque absolument obsédé par son travail et presque aussi fou que Fantômas et Fandor est un journaliste vedette mais il est surtout l’enfant qui a été pris sous l’aile de Juve lorsque Fantômas a voulu assassiner sa mère. Il est prétentieux mais tout aussi héroïque. Tous les deux courent sans relâche après Fantômas.
La Colère de Fantômas » est à la fois un scénario béton mais aussi et surtout un dessin bluffant. Quelle est votre technique et quelles sont vos inspirations parce que cette série est différente de tout ce que l’on a pu voir jusque-là.
C’est dur de mettre le doigt précis sur mes inspirations et je manque de recul pour dire à qui d’autre mon dessin fait penser. Quand je dessine, je n’y pense pas trop. Mais si on cherche bien, on peut trouver des similitudes avec l’art déco, l’expressionisme allemand et probablement plein d’autres dessinateurs. Je lis moi-même énormément de bande-dessinées donc je dois prendre un coup crayon ici, une idée là sans m’en rendre compte. Pour les deux premiers tomes, certains ont cité Mattoti. Peut-être que l’on voit aussi du Pedrosa qui m’avait beaucoup influencé pour ma première bande-dessinée. Mais mon travail est vraiment un amalgame de tout ce que j’aime.
Quand vous travaillez sur planches, est-ce que vous réfléchissez en couleurs ? Lorsque l’on parle de votre graphisme, on parle aussi de la colorisation qui est vraiment exceptionnelle et qui met en avant encore plus le côté sombre du personnage.
Je commence par penser le dessin en composition. Où est-ce que vont se placer les masses de noir. Ensuite tant que le dessin n’est pas fini, cela peut évoluer … Et parfois même quand le dessin est fini. Je vais faire un recadrage, modifier ou déplacer mes masses de noir, mettre plus de rouge, … Parfois j’ai une idée de la couleur dès le story-board mais ça peut être amené à changer car ça ne fonctionne pas tant que cela. Tant que le livre n’est pas imprimé, je réfléchis toujours pour savoir si j’ai fait les bons choix.
Quel est l’apport d’Olivier Bocquet sur votre travail ? A-t-il un regard critique ?
C’est surtout au stade du story-board qu’il intervenait. Il voulait savoir ce que j’allais faire de son bout de scénario. Mais moi-aussi, j’avais des questions. Nous nous renvoyions la balle pour avancer. Puis au fur et à mesure que la série a avancée, nous nous connaissions beaucoup mieux et c’était plus facile. Après, il est évident que je n’allais pas faire quelque chose qui ne lui plaisait pas. C’était son histoire mais nous sommes faits confiance. Je pense qu’au final, nous sommes une bonne équipe.La série a été saluée par la critique et les lecteurs.
Le tome 1 a gagné deux pris au Canada et quelques prix en France, comme Bdgest avec le prix du scénario, par la ville de Reims. Nous allons bien voir pour le tome deux car le livre sort en janvier donc il faut attendre 12 mois pour connaître le verdict.
Cette série vous a fait connaître auprès du grand public. Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je travaille pour un éditeur Québécois, Pastèque, sur une adaptation d’un roman local qui s’appelle « La Petite Patrie » qui est par ailleurs le nom du quartier où j’habite. C’est une histoire a beaucoup marquée les Montréalais et qui va faire l’objet d’un one-shot de 80 pages. C’est différent de Fantômas mais il y a un côté très amusant.
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