mercredi 18 décembre 2013

RICHARD GUERINEAU : "CHARLY 9 ME COMBLAIT PLEINEMENT DANS MES ENVIES GRAPHIQUES ET NARRATIVES"

On vous a découvert avec « Le Chant des Stryges », vous voici désormais aux commandes de 
« Charly 9 ».

Il s’agit d’une adaptation d’un roman de Jean Teulé, auteur que j’admire, particulièrement sur ses romans historiques. C’est mon attrait pour ses romans qui m’a poussé à faire cette adaptation-là.


Pourquoi ce roman-là ? Par rapport au personnage de Charles IX à qui l’on doit le massacre de la Saint-Barthélemy ? Pour le contexte historique ? Pour sortir du « Chant des Stryges » ?

La première raison était qu’ayant enchaîné un tome du « Chant des Stryges » et un épisode de « XII Mystery » ces deux dernières années, je restais sur un travail avec un même graphisme et un même univers contemporain. Je n’en pouvais plus. J’avais une grosse envie de changement. Du changement graphique, du changement de format et de pagination. J’avais envie de pouvoir raconter des choses autrement. Ensuite, ce roman de Jean Teulé m’a particulièrement bien emballé lorsque je l’ai lu à cause de sa thématique qui raconte la folie d’un roi suite au traumatisme de la Saint-Barthélemy, du massacre des protestants. Ce roi sombre dans la folie jusqu’à la mort, dans des saignements, dans des transpirations de sang. Cette histoire me comblait pleinement dans mes envies graphiques et narratives. A côté de cela, je n’étais pas un passionné d’histoire à proprement parlé mais en me penchant sur cette période-là, je m’y suis particulièrement intéressé et ça a même fini par m’intéresser. Mais au départ, ce sont vraiment des envies graphiques notamment sur les costumes, sur ces silhouettes du XVIème siècle avec les collerettes, les grandes robes, les pourpoints, qui m’ont poussé dans l’aventure. Enfin, l’histoire se déroule sur une période très brève de 2 ans.

Vous avez dû passer énormément de temps en amont pour étudier les costumes, l’architecture de l’époque ?

Il y a eu un travail nécessaire de documentation sur l’époque. Cela dit, je n’étais pas dans l’esprit de faire une BD purement historique. La rigueur et le souci du détail véridique m’enferment dans un carcan. Ce qui m’intéressait était plus une ambiance générale, une atmosphère qui évoque de manière crédible la Renaissance et la fin du XVIème siècle en France. La documentation, évidemment, a été nécessaire. En ce qui concerne les costumes et les personnages, cela a été plutôt facile de trouver des sources de documentation iconographique. Il existe de nombreuses peintures et portraits de l’époque, notamment des portraits royaux. Après, sur ce qui est des décors, des lieux, du Louvre, qui était le palais royal à l’époque et qui ne ressemblait que très peu à ce qu’il est aujourd’hui, il existe quelques documents et gravures notamment sur Internet ou en bibliothèque mais ça reste assez limité. Il a fallu que j’invente pas mal de choses mais mon souci n’était pas l’exactitude et la précision historique.

L’album est le succès inattendu de cette fin d’année et se retrouve nominé dans plusieurs catégories à Angoulême, sur BDGest …

Oui, j’ai vu ça. Il fait partie de la sélection d’Angoulême ce qui est une grande première pour moi.

Votre choix graphique est très pertinent. Tout au long du livre, vous changez de style, ce qui permet de montrer la folie grandissante de Charly.

Exactement. C’était l’idée. Comme le personnage psychiquement part dans tous les sens, j’avais aussi envie graphiquement de tout me permettre et parfois même faire le grand écart d’une scène à l’autre. Par contre il fallait que ça ait du sens, que les ruptures graphiques soient significatives. Mais l’idée était d’avoir une grande variété de styles différents et de faire des ruptures graphiques et chromatiques. C’était une vielle envie que ce récit m’a permis de mettre en œuvre et je ne m’en suis pas privé.

Comment s’est passée la collaboration avec Jean Teulé pour cette adaptation où vous êtes à la fois au scénario et au dessin ?

Quand le contrat a été signé, Teulé m’a appelé en me disant qu’il était très content que son roman soit adapté mais que sa position était de ne pas intervenir. Il m’a dit que ce bouquin était désormais le mien et qu’il ne me taperait pas sur les doigts si je trahissais son propos, ce qui n’était absolument pas mon intention. Je voulais rester fidèle au récit étant donné qu’il est raconté de façon chronologique sur deux années entre la Saint-Barthélemy et la mort du roi. Je voulais aussi retrouver en bd le ton que Jean Teulé a dans ses romans, ce mélange de jubilatoire, de grotesque et de macabre. Il arrive à raconter des choses sur ton presque goguenard. J’avais envie de retrouver ce contraste là en BD. Il a fallu adapter cela au changement de support. Les scènes les plus violentes du roman peuvent être racontées avec humour dans le roman mais une fois en images, c’est la brutalité qui en ressort. Il a fallu contrebalancer cet effet là sur d’autres scènes plus comiques comme par exemple la chasse au cerf. Je voulais que l’on bascule d’un sentiment à l’autre, la douche écossaise en passant du chaud au froid.

Le choix du roman graphique, avec ses codes, se prête-t-il plus facilement à raconter une histoire qui se déroule sur deux ans ?

Je ne voyais pas autrement cette adaptation dans un autre format. Il fallait que ce récit soit complet, en one-shot. Il y a une progression qui va crescendo et qui ne pouvait pas être découpé en plusieurs tomes. Le roman graphique permet de pouvoir faire des choses impossibles autrement par exemple des pleines pages. Ça a été vraiment un plaisir de travailler sur ce format et je n’ai vraiment pas rencontré de difficulté particulière.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour réaliser cet album ?

J’avais décidé de travailler en plus petit mes planches original, avec un style de dessin plus lâché, plus rapide. Je suis allé beaucoup plus vite sur le dessin mais comme j’ai fait la couleur, j’ai perdu du temps. Sans compter la phase d’adaptation, j’ai passé 1 an alors que sur « Le Chant des Stryges », je passe entre 6 et 7 mois.

Comment expliquez-vous le succès de Jean Teulé en BD ? Il y a eu le « Montespan », « Je, François Villon », maintenant « Charly 9 ». Est-ce un auteur de roman qui s’est mis à la BD ou un auteur de BD qui s’est mis au roman ?

Ce serait ne pas lui rendre hommage que de dire que c’est un scénariste de BD qui s’est mis au roman. Il va au–delà de ça. Il est adapté au cinéma, au théâtre. Pourquoi est-il si souvent adapté ? Je crois que personne n’a la réponse, même pas lui. Ses romans rencontrent un franc-succès qui est lié à ce ton inimitable que j’évoquais tout à l’heure, ce mélange de choses amusantes et horribles. Et puis Teulé est un personnage. Il a du charisme, il est affable, très enjoué. Il n’a pas peur de rentrer dedans. Ce côté naturel du personnage participe à l’engouement qu’il peut y avoir autour de ses écrits.

Quelle est votre actualité ?

Je vais me remettre au « Chant des Stryges » en janvier pour qu’il puisse sortir en octobre. J’ai fait une petite pause après « Charly 9 » qui m’a  permis de pouvoir écrire un autre projet de roman graphique qui va traiter de la même époque. Je co-scénarise beaucoup avec Eric Corbeyran. Le projet des « Stryges » a vraiment été travaillé à 2. Et puis j’ai également écrit avec Meunier. L’écriture ne m’est donc pas étrangère. Je me suis rendu-compte que j’avais intégré quelques automatismes.

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